Le texte du magnificat
On lit dans l’évangile selon Saint Luc (1, 39-56) qu’après l’Annonciation, Marie rendit visite à Elisabeth et que celle-ci la qualifia de « femme bénie entre toutes les femmes ». Marie répondit alors par un joyeux chant de reconnaissance que l’Evangile rapporte et que l’on intitule Magnificat, du premier mot de sa traduction latine. La poésie exalte à la fois l’humilité de Marie et la miséricorde de Dieu envers la Vierge et envers le peuple d’Israël. Le texte comporte dix versets dont certains peuvent être couplés selon l’inspiration des compositeurs. Le Gloria Patri, rassemblant l’ensemble des interprètes, vient conclure chaque Magnificat.

Magnificat de Pachelbel
Très inspiré du style italien, le Magnificat en Do majeur est une des partitions les plus abouties de Pachelbel qui dispose alors de moyens importants de la part de son employeur, la ville de Nuremberg. Le style somptueux et sa distribution d’une ampleur peu commune (cordes divisées en 5 parties, 4 trompettes, timbales,…) témoignent des fastes déployés par la ville, laquelle ressentait vivement le besoin de donner d’elle-même une image digne de la cité des doges. A la manière vénitienne, Pachelbel y fait intervenir en soliste ou en petit chœur des groupes d’instruments qui dialoguent librement avec les chanteurs à la façon des concerti que l’on pouvait entendre à San Marco. Ainsi, les différents versets se trouvent parés de couleurs constamment renouvelées, qui contredisent l’image quelque peu austère attachée à la musique de Pachelbel.

Magnificat de Vivaldi
Très jouée du vivant du compositeur, cette partition date de la période 1713-1717 ou Vivaldi prend seul la direction musicale de l’Ospedale de la Pietà. Dans cette première version du Magnificat (Vivaldi en composera deux autres), le prêtre roux n’a pas voulu se laisser gagner par la fièvre théâtrale qui contamine l’univers musical vénitien. La fantaisie de son imagination musicale est ici sous l’emprise de la liturgie à l’ancienne. Mais on y trouve néanmoins les qualités qui placent Vivaldi à la jonction du baroque finissant et du classique : la représentation expressive des mots, l’emploi du contrepoint luxuriant, le style concertant et l’extrême clarté des thèmes.


Magnificat de Bach
Alors organiste à Arnstadt, Jean-Sébastien Bach consacra de longues heures à recopier la musique vocale des maîtres vénitiens comme Vivaldi, Lotti, Caldara… Ces œuvres forment ainsi un pôle d’influence dans la production musicale de Bach, lequel emprunte fréquemment à ce fond musical quelques idées mélodiques et plus largement au style fastueux et brillant qui caractérisait l’école vénitienne. Quelques années plus tard en 1723, alors que Bach passe son premier Noël à Leipzig, il élabore une première version du Magnificat. Cette première version en mi bémol intègre quatre textes en allemand liés à la liturgie de Noël aux cotés du texte latin. C’est peut-être pour cette raison que Bach effectua une révision entre 1728 et 1731 pour la fête de la Pentecôte, révision qui consista entre autre à supprimer les textes allemands et abaisser la tonalité d’un demi ton. C’est cette dernière version qui est couramment jouée, laquelle se différencie également par le remplacement des deux flûtes à bec par deux hautbois et par l’ajout de deux flûtes traversières.

Morceaux choisis (extraits de http://www.resmusica.com)

....Intéressant se révèle le choix d’un Pachelbel, en « entrée », ne serait-ce que pour nous rappeler que ce musicien ne fut pas seulement l’auteur du fameux Canon et de multiples pièces d’orgue, souvent austères. Ce Magnificat en ut majeur, l’une des quelque onze versions qu’il ait composées pour chœur, voix solistes et formations diverses (ce qui peut sembler étonnant de la part d’un luthérien « bon teint »), ce Magnificat-là, dans le style concertato italien fait souvent songer à Vivaldi, quand l’éclat des trompettes le dispute aux envolées du chœur – à cinq voix – et aux interventions richement ornées des solistes ; lesquels présentent un plateau vocal remarquablement homogène et des plus convaincants.........

Une prestation d’ensemble de haute qualité. Une qualité particulièrement bien défendue par un plateau de solistes remarquable :

Les deux jeunes sopranos Marina Venant et Léticia Giuffredi, aussi charmantes de physique que de voix, font que, par exemple, nous regrettons la brièveté du duo Esurientes implevit bonis de Vivaldi ! Et le jubilatoire Et exultavit de Léticia Giuffredi n’a d’égal que l’exquis Quia respexit de sa partenaire Marina Venant dans Bach. Elles en feraient oublier les Elly Ammeling et autre Barbara Schlick susceptibles de hanter nos mémoires. Quant à l’alto masculin Paulin Bündgen, au timbre admirable, il semble sorti tout droit de l’Ecole anglaise (alors qu’il n’en est rien) et nous rappelle un Paul Eswood de naguère. Saluons aussi la belle prestation de la basse Benoît Arnould, de parfaite émission dans tous les étages du registre, de même que l’étonnante aisance du ténor « vétéran » (comme le temps passe !) Howard Crook, dont l’articulation et les vocalises, même si elles n’atteignent plus tout à fait la perfection et le brio de ses années Herreweghe (entre autres), n’ont rien perdu de ce métier affirmé et exemplaire qu’il a toujours montré.

L’ensemble instrumental n’est pas moins digne d’éloges, si l’on veut bien passer sur les deux infimes notes « accidentelles » du hautbois dans l’accompagnement du Quia respexit (Bach ; mais on connaît la redoutable difficulté de l’instrument) ; avec une mention spéciale aux trompettes – excellentes – ainsi qu’aux cordes, dans leur ensemble.

C’est, au final, un moment musical d’une grande et belle spiritualité